Zenfolio | Michel Forest | 25. Bilan mi parcours

Lundi 20 juin: Pourquoi ne pas commencer ce lundi par un petit bilan de mi-parcours. Nous avons cinq semaines de voyage derrière nous et cinq autres devant nous.

Après presque trois semaines de voyage, mon frère Sylvain m'écrivait dans un courriel,

 "On aime bien vous lire mais nous avons aussi hâte d'entendre parler de votre voyage avec le "ton" dans la voix car il nous semble que ce début de périple n'est pas à la hauteur de vos attentes. Est-ce que je me trompe?".

Je lui ai répondu à ce moment-là qu'effectivement ce serait mieux (et surtout plus facile) d'en parler que de commencer à écrire notre senti du moment. Aujourd'hui, avec du recul, je répondrais que ces cinq premières semaines ont probablement été un mélange heureux de déceptions ou devrais-je dire de déceptions heureuses. Pourquoi déceptions ? Tout simplement parce que, contrairement à mes habitudes, j'avais des attentes dans ce voyage et qui dit "attentes" dit aussi "risques de déceptions". J'avais en mémoire notre voyage dans le nord-ouest américain et ses magnifiques paysages et je m'attendais un peu à l'équivalent. Or, le sud américain est très différent et cette différence nous a un peu surpris et nous avons du l'apprivoiser.

Faut dire aussi que les forts orages et la pluie diluvienne de la deuxième semaine au Texas ont quelque peu ébranlé notre enthousiasme. Nous savions que nous étions au début de la saison des ouragans et en plein dans le bon spot . . . être dedans et le vivre, ce n'est pas comme de le voir aux nouvelles, faque . . . il y avait quand même une petite dose de stress implantée quelque part dans un coin de notre cerveau !!! Nous avons eu aussi un peu de misère à nous habituer au décalage thermique entre les 15°C du Québec et la chaleur omniprésente du sud américain qui ne descendait pas en bas du 30°C même la nuit. Ce n'est pas évident de planifier des visites sous cette chaleur accablante qui coupe un peu le plaisir de la découverte. Malgré tout, au bout d'un certain temps, nous avons su trouver notre rythme et nous laisser tout simplement imprégner du moment présent, sans attentes.

En fait, ce ne sont pas véritablement des déceptions mais plutôt un ajustement de perception . . . c'est pourquoi je parle de "déceptions heureuses". En bout de ligne, nous ne retenons que les bonnes choses. Louise me disait justement ce matin en relisant les premières parties du journal:

"En relisant ce que tu as écris, je me dis que si je n'avais pas fait ce voyage avec toi, j'aurais aimé le faire tellement tu m'en donnes le goût."

 

Depuis les deux derniers jours au camping, nous sommes envahis par des minis fourmis. Des consignes sont mêmes données pour tenter de les exterminer autour des roulottes. Avant hier soir, il y avait plein de fourmis sur les divans mais au matin, à peine quelques-unes autour du lavabo. Bon!  on se dit qu'on a eu le contrôle. Le soir suivant, encore plein de fourmis, des tonnes de fournis qui grimpent partout. Et, ce matin, presque toutes disparues comme par enchantement. Nous sommes perplexes devant l'hécatombe . . . . jusqu'à ce qu'on aperçoive notre résident à demeure «Les arts». Notre petit clandestin a dû se payer un méchant snack nocturne et nous, par la même occasion, on a eu un traitement ultra biologique naturel contre les fourmis.

 

Bon, c'est aujourd'hui qu'on quitte San Diego pour se diriger vers Los Angeles. On retrouve la beauté des paysages qui défilent de chaque côté de nous, le tangage du camion qui nous berce au gré des bosses de la route, le léger ronronnement du moteur qui, comme une chanson douce, force les paupières de ma blonde à se fermer. Tout à coup, juste comme le camion amorce une montée dans une longue côte, une petite voix comme celle de l'enfant qui demande à son père,

 "Papa pourquoi les nuages bougent dans le ciel ?"

se fait entendre à côté de moi,

"Mon chou, quand on dit qu'on monte dans le nord, est-ce que c'est parce que la route monte ?".

Je me retourne et je lui dis:

"Quand on dit qu'une femme tombe enceinte, est-ce que c'est parce qu'elle tombe par terre ?".

Et là, on se regarde et on part tous les deux d'un de ces fous rires qui n'arrête pas. C'est ce qui arrive lorsque la route nous emmène dans cet état second qui nous donne l'impression d'être ailleurs.

 

Bon ben les amis, le thermomètre affiche un vénérable 45°C et pour terminer en beauté nous voguons vers notre prochain camping lequel se trouve en plein dans une des régions où des feux de forêts sévissent. Vous pouvez vous imaginer que devant une grosse colonne de fumée envahissant le ciel tout près de la région où nous allons camper, on s'interroge fortement. Qu'est qu'on fait????

 

 

Les gens du camping nous rassurent, il semble qu'il n'y ait aucun danger pour l'instant. Même si le feu n'est qu'à une vingtaine de kilomètres du camping, deux canyons et deux municipalités nous en sépareraient. Par contre, pour nous, il semble proche, très proche même. On sait que si le vent se lève et qu'il change de côté, les conditions peuvent se dégrader rapidement dans cette région. Nous ne prenons quand même pas de chances, on ne paie que pour une seule nuit et on verra au jour le jour. D'autant plus qu'en allant me promener dans le camping, j'ai remarqué qu'il y a deux foyers d'incendie.

 

 

Nous nous installons donc, avec un p'tit fond de "on n'est trop certain".  Comme nous sommes en début d'après-midi, nous partons pour une première visite de Los Angeles qui se trouve à quelques 40 km du camping. Nous sommes agréablement surpris par notre première découverte. J'en reparlerai plus en détails demain. Sur le chemin du retour, nous avons vraiment l'impression que le feu a pris de l'ampleur et nous avons comme une petite montée d'adrénaline . . . mais au camping tout était beau.

 

À notre retour au camping vers 16h sous une chaleur accablante d'encore 44°C, on réalise que l'air climatisé de la roulotte ne fonctionne plus. . . . caput ! Catastrophe, ce n'est vraiment pas le moment de nous lâcher. Après avoir vérifié l'état des disjoncteurs où je m'aperçois qu'il y en un qui ne semble pas vouloir reprendre sa position "on" même après plusieurs essais, j'atteins mon niveau d'incompétence. Il faut donc amener la roulotte voir le docteur ou amener le docteur à la roulotte. Après vérification à l'office du camping, heureux hasard, il y a un docteur roulotte sur le terrain de camping qui fait des visites à domicile. Lorsque docteur roulotte a vérifié le disjoncteur qui semblait faire défaut, il s'est mis à "on" sans problème et la climatisation est repartie. J'ai eu l'air pas mal nono ! Il ne semblait pas trop trop me croire lorsque je lui ai dit que je l'avais testé au moins à trois reprises et qu'il ne fonctionnait pas. Il nous a alors expliqué que la forte utilisation des climatiseurs par les campeurs a fait augmenter la demande d'électricité au point de faire sauter le système électrique du camping à deux reprises cet après-midi. Il est alors probable qu'au moment où tout est reparti, la surcharge électrique ait fait sauter mon disjoncteur qui ne répondait plus à cause de la chaleur élevée.

Ouf! nous allons pouvoir dormir au frais cette nuit . . . et tout à coup le bruit du climatiseur devient agréable à nos oreilles.