Zenfolio | Michel Forest | 12. Sur la route vers Big Ben

Vendredi 3 juin:  Le 1er juin, c'était la fête de notre Xavier. Il a eu 13 ans! On lui a envoyé des courriels mais il semble qu'ils ne se soient pas rendus. C'est beau les «road trip» mais les p'tits moments qu'on aime passer en famille nous font sentir qu'on est quand même loin de ceux qu'on aime. Mon beau Xavier, on veut juste que tu saches que même loin de près de 4 000 km, on a pensé super beaucoup à toi. On t'aime fort fort fort mon grand.

On continue avec nos péripéties… Aujourd'hui, peu de choses à raconter sinon une journée de route rectiligne vers Big Ben. L'intérêt marquant de cette journée, c'est le changement de paysage. La roche et la végétation semblent se livrer un combat sans merci de territoire. Quelques petits canyons creusés par des rivières asséchées apparaissent ici et là. L'eau est une denrée rare dans cette partie du Texas sauf ici dans la rivière Pecos qui offre un spectacle magnifique. Mais à voir la végétation qui pousse dans son lit, on se demande si elle ne s'assèchera pas elle aussi d'ici la fin de l'été.

 

Sur le pont qui enjambe la rivière, il y avait une mouffette écrasée qui dégageait un subtil parfum de "ne vous approchez pas trop" mais qui attirait pourtant les charognards que sont les Urubus à tête rouge et les Urubus noirs. J'ai donc pris quelques minutes pour essayer de leur tirer le portrait en vol.

 

L'Urubu rouge avec sa tête dégarnie de plumes.

Je trouve cet oiseau d'une belle laideur. Il est assez commun au Québec. Vous en avez surement vu. Ce sont ces gros oiseaux noirs qui volent en cercles, parfois seuls mais aussi en bandes, surtout lorsqu'il y a une carcasse d'animal quelque part dans le coin. Son vol est gracieux. Il plane en suivant les courants d'air et se déplace sur de longues distances sans un battement d'ailes. On envie son vol plané sans effort!

Et l'Urubu noir, absent chez nous, reconnaissable à sa tête noire également dépourvue de plumes, à sa queue plus courte que l'Urubu à tête rouge et aux ailes noires avec des taches blanches sur le bout. On le voit ici en position d'atterrissage dans une tentative de s'approprier la carcasse. L'arrivée d'une voiture sur le pont l'en a découragé.

 

"Seuls au monde", voilà ce que nous avons ressenti durant les quelques six heures de route. Nous rencontrions une voiture aux cinq minutes quand ce n'est pas plus (ma blonde voudrait que j'écrive "moins", car il pouvait y avoir moins d'une voiture au cinq minutes. Quant à moi, j'ai écris "plus" car je voulais dire qu'il pouvait y avoir une voiture au dix ou au quinze minutes. Et vous qu'aviez-vous compris ??? . . . en fait avez-vous même compris le sens de nos élucubrations. J'pense que ce paysage rocheux finit par nous rendre "stone"!!!).

L'horizon est loin, il n'y a pas d'habitation et lorsqu'il y en a, la plupart ont été abandonnées. On a l'impression d'être sur une autre planète. Pour ceux et celles qui apprécient comme nous cette immensité où le regard porte si loin, c'est tout simplement magnifique.

De temps à autres, au lieu de grimper une colline, la route, paresseuse, passe au travers d'une tranchée qui laisse paraître deux côtés parfaitement découpés. Quel phénomène géologique a été en œuvre ici ? C'est parti, on échafaude hypothèses et théories.  On laisse aller notre imaginaire scientifique. Glaciation, mer intérieure, sédimentation, oxydation, érosion, tout y passe.  Qui a raison, on ne le sait pas. On s'en fout un peu, c'est juste le fun de fabuler ensemble au gré de notre complicité.

 

Mais, un peu plus loin sur le bord de la route où nous nous arrêtons pour casser la croute, un panneau nous piste dans le droit chemin.

 

Si nous avons bien compris, la couche inférieure grise serait de la même nature que nos Appalaches alors que les strates rougeâtres proviendraient d'une mer qui a recouvert la région. Le début de toute cette merveilleuse histoire daterait de quelques 290 millions d'années. Tout à coup, non seulement on se sent seul dans cet environnement mais également tout tout petit devant cette immensité temporelle.

Sur ce panneau, on parle du pic Santiago, une montagne au sommet plat, qui est en fait une masse de magma qui s'est solidifiée sous la terre et qui a été mis à jour par l'érosion. Je sais que ça ne changera rien dans nos vies, mais juste d'imaginer tous ces changements géologiques et le temps que tout ça a pris, et d'en voir le résultat devant nos yeux, ça me met dans un état zen assez difficile à décrire. On devrais-tu prendre le temps de vivre???

 

Nous y voilà, nous avons franchi les limites du parc national Big Ben. Nous nous dirigeons vers notre camping. C'est donc un premier contact avec cette région quasi-désertique.